La CVR rend son rapport sur les fosses communes de la Ruvubu

Les dernières recherches de la Commission Vérité Réconciliation se sont concentrées sur la colline Bukirasazi de la commune Shombo, en province Karusi. Cet endroit dramatique est à cheval entre la province Gitega et Karusi et les rivière Ruvubu et Ruvyironza. Plus de 6 000 ossements humains ont été déterrés dans 6 fosses communes sur 18 identifiées dans cette localité, annonce ce vendredi Pierre Claver Ndayicariye, président de la CVR, dans un café de presse. 

‘’ A la première vue, personne n’aurait jamais pensé que les champs de maïs, de manioc et d’autres cultures plantées sur la colline Bukirasazi cachait une vérité pernicieuse’’, indique Pierre Claver Ndayicariye, président de la CVR, dans son discours d’ouverture de ce café de presse dont le thème était : « Les fosses communes de la Ruvubu (Karusi), site de la douleur, du silence et de la souffrance : bilan de la phase I et perspectives » 

18 fosses communes sont sous terres devant la vallée verdoyante de la colline Karusi, les tueries massives ont été commises en 1972 selon la CVR. Pierre Claver Ndayicariye, président de la CVR, fait savoir que cette commission a été renseignée sur cette triste réalité lors des dépositions faites par les citoyens burundais et à travers la littérature et les mémoires des chercheurs universitaires.

Depuis l’arrivée des membres de la CVR sur la colline Bukirasazi, poursuit le président de la CVR, des témoins oculaires de la région n’ont cessé de venir se confier à cette commission. A la fin des auditions, beaucoup ont affirmé qu’ils rentrent soulagés, tellement la mémoire de ce qu’ils ont vécu pesait lourd sur leur cœur.

Pierre Claver Ndayicariye ajoute que les témoignages confirment que les tueries visaient des gens aisés durant la crise de 1972 : des enseignants des écoles primaires, des professeurs des écoles secondaires, des religieux, des religieuses, des ministres, des hauts cadres de l’Etat, des militaires, des gendarmes, des commerçants, des personnes possédant des biens matériels importants comme des maisons en tôle, des vélos, des bananeraies, etc.

Les témoins pointent du doigt la jeunesse politique de l’époque dont les membres étaient instrumentalisés par les autorités administratives. Leur rôle consistait à arrêter les victimes, à les ligoter et à les acheminer au point de rassemblement. Les notables collinaires étaient complètement débordés par les évènements, indiquent les témoignages recueillis par la CVR.

En plus des ossements, le président de la CVR dit avoir retrouvé des habits pour hommes et femmes, des chaussures, des chapelets, des chainettes, des lunettes, des douilles de fusil, des balles de fusils etc…

La Commission Vérité Réconciliation dit être déterminée à poursuivre le travail d’exhumation des restes humains de la Ruvubu avec les moyens de l’Etat qui sont à sa disposition. Le président de cette commission indique qu’il est prévu l’inhumation digne de ces victimes et la construction sur les sites identifiés, des monuments de la réconciliation et de la mémoire au niveau national, provincial et local.                 

A la question de savoir si les fosses communes sont constituées des personnes d’une seule ethnie, Pierre Claver Ndayicariye, président de la CVR, répond par la négative et indique que plus de 4000 fosses communes de toutes les ethnies ont été identifiées au Burundi, elles sont consécutives aux crises graves de 1972, 1973, 1988, 1993, 1994, 1995 que le Burundi a connues.

‘’ Ne condamnons pas globalement mais protégeons les générations futures’’, a clôturé son discours Pierre Claver Ndayicariye, président de la CVR.

Auteur :Olivier Bizimana

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