Inanga ou la Cithare, à la découverte d’un artiste passionné par cet instrument de musique

 

Niragira Olympe, 37 ans, joue de la cithare, inanga en kirundi. Originaire de la province Bubanza, il a grandi dans la ville de Bujumbura. Olympe Niragira, est ingénieur en télécommunication, maitrise déjà les cordes de l’inanga et sa voix apaisante qui chuchote à votre oreille. Son ambition : produire son propre album et mettre sur un support numérique toutes les chansons célèbres de l’Inanga. Vivez en intégralité sa rencontre avec Umuringa Magazine. 

 

Quand est-ce que vous avez commencé à jouer de l'Inānga ?

 J’ai commencé à jour l’inānga vers la fin de l’année 2014. Par curiosité, j’ai acheté un inānga pour décorer ma maison. Mais, j’ai tout de suite eu envie d’acquérir un véritable instrument de musique qui se caractérise par son bois de fabrication dit « umwūngo » ou « umuvúgāngoma ».

 

Qu'est-ce qui vous a motivé a joué de l'Inānga ?

 Après avoir acheté l’instrument, j’ai voulu d’abord trouver quelqu’un qui pouvait jouer l’instrument et moi juste l’écouter. J’ai pris contact avec plusieurs amis qui pouvaient m’aider à trouver un joueur d’inānga. On m’a mis en contact avec Monsieur Torobeka Joseph, connu pour son savoir en la matière. Il a juste joué une fois, quelques morceaux comme « Iragwa ntínyăgira » et d’autres. C’est ainsi que j’ai pris la décision de prendre des cours d’inānga avec lui.

 

Est-il facile d'apprendre à jouer cet instrument ?

L’inānga est un bon instrument de musique. Son apprentissage n’est pas facile au début. En effet, il demande à ce que l’on habitue l’oreille à réinterpréter les chants avec les doigts. Son apprentissage demande à écouter, retenir les rythmes burundais joués sur l’inānga. Avec le temps, on y acquiert de l’expérience. Au début, celui qui te forme doit te permettre de serrer les cordes de l’instrument toi-même. Et un joueur confirmé doit pouvoir ajuster les cordes lui-même, ce que l’on appelle « gukírānura inānga ». Quand l’instrument n’a pas son accordage normal, nous disons : « inānga irakíranye ». Comme l’inānga donne un son agréable à l’écoute accompagné d’un chuchotement de la voix, cela motive beaucoup celui qui l’apprend. Les textes à travers l’inānga relatent la vie de nos grands-parents à la campagne, leur bravoure, un peu d’histoire, et cela nous permet de réapprendre notre culture et redécouvrir la beauté, le savoir et la richesse de notre pays.

 

Pensez-vous produire votre album dans les prochains jours ? Et avez-vous déjà sorti des chansons avec l'inānga ?

Pour un album, je n’ai pas encore travaillé sur cela pour un futur proche mais j’y pense aussi. Je travaille surtout sur la sauvegarde de certains morceaux qui nous ont bercés car pour que l’instrument et sa musique puissent percer aujourd’hui, il faut que cette musique soit sur un bon support numérique facile à partager, à écouter et ainsi permettre son appréciation par tout le monde.

 

Cet instrument de musique n’est-il pas en voie de disparition vu qu'il n'y a pas beaucoup qui joue actuellement avec  ?

 L’inanga se fait rare dans les milieux urbains et peu de jeunes à l’intérieur du pays en jouent. Heureusement, nos ainés y jouent encore. Mais, quand je parle à certains musiciens, je vois qu’ils veulent apprendre à jouer l’inānga aussi bien comme ils jouent à la guitare ou au piano. Preuve qu’il reste un instrument d’attraction pour nous tous. Le travail aujourd’hui consiste à transcrire les morceaux d’inānga sur les supports actuels comme les livres de musique, établissement d’un programme d’apprentissage bien élaboré avec un format musical numérique et les formations en ligne. Mais, comme souligné auparavant, l’inānga doit être enregistré et joué sur un format numérique. La voix chuchotée accompagnant cet instrument demande un enregistrement de bonne qualité pour être bien apprécier par les fans.

 

Quel est le message que vous lancez à l'endroit des jeunes pour les pousser à jouer de l'Inānga ?

 Nous sommes conscients que le patrimoine musical burundais est riche. Nous avons le tambour, l’inānga, les chants, etc. Mais, l’apprentissage de l’inānga demande une passion. Aux jeunes, je leur dis que c’est possible aujourd’hui d’apprendre l’inānga et faire passer vos messages et exprimer vos idées à travers les morceaux joués sur Inanga. Cela serait un bon atout unique à l’écouter que ce soit chez nous ou à travers le monde entier. Mais pour y arriver, il faut une bonne formation de nos ainés qui maitrisent bien ce savoir souvent transmis de père en fils. J’espère qu’il sera dans le futur un savoir académique.

 

Quelles sont vos perspectives d'avenir pour faire connaitre vos chansons ?

 En ce moment, je suis entre la recherche et la pérennisation de la musique de l’inānga. Je vais continuer ce travail qui me mènera à bien comprendre les différentes façons de jouer et techniques de composition des morceaux sur l’Inanga et le mettre sur les supports actuels de distribution pour la sauvegarde de notre patrimoine culturel. C’est cela que je pense fera mieux connaître cet instrument mais aussi mes compositions lorsque je les ferai.

 

Auteur :Olivier Bizimana

The Um fashion